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L’Open Innovation pour aider les entreprises dans la crise Covid 19

Global Industrie 2019

A Brescia, Lombardie, cœur de l’hécatombe.

Un masque de plongée Decathlon + une valve spécifique fabriquée en impression 3D par un industriel enthousiaste + coordination entre ingénierie et médical + des fichiers en open source + urgence de résultat + conception bricolée en mode « Failing is not an option » = applaudissements et remerciements en Italie, dans le monde. (Article de la newsletter So Good en lien ici)

Dans les laboratoires d’Air Liquide, groupe industriel français, leader mondial.

Des ingénieurs du département santé, déjà impliqués dans la production de matériel sanitaire, s’accordent en un temps record avec des équipes du groupe automobile PSA, de l’équipementier Valeo et de Schneider Electric, spécialiste mondial en gestion de l’énergie et en automatisation. Le challenge collectif est furieusement compliqué : produire 10 000 respirateurs pour la mi-mai ! Délai ultra-tendu, des équipes éparpillées, incomplètes, différents écosystèmes mais tout le monde fonce avec calme, audace et détermination. A l’arrivée, c’est en train de se faire, ça va marcher ! Que j’aime cette France où l’excellence se retrousse les manches pour mettre les mains dans le moteur ! (Article des Échos en lien ici). Une polémique est en cours sur l’usage de ces respirateurs. La pertinence dans la décision et le management est un autre sujet. Je retiens pour cet article la formidable implication industrielle. 

La situation actuelle nous place tous hors-cadre, hors-contexte, toutes nos perspectives sont « VICA », selon l’acronyme, pas cool mais réaliste, formé par les militaires pour qualifier le contexte actuel : Volatile, Incertain, Complexe et Ambigu.

Mais ces jours de suspension désordonnée ouvrent le champ des possibles. C’est du jamais-vu ? OK, soyons comme on n’a jamais été ! Les professions d’utilité publique qui œuvrent chaque heure pour préserver notre société montre toute la puissance de l’audace collective quand elle est propulsée par la rage d’agir. Ceux qui pensent que c’est impossible sont priés de ne pas déranger ceux qui essaient !

La crise du Covid 19 est un tremplin idéal pour l’open innovation qui porte dans son ADN une singularité parfaitement alignée avec notre urgence actuelle : le bien commun.

L’innovation ouverte, c’est élaborer collectivement une nouvelle solution à une problématique, un besoin, avec pour objectif premier l’amélioration du bien commun. Parmi les changements générés par les nouveaux modèles, celui-ci est majeur en termes de stratégie, d’organisation et de valeur humaine : Dans l’ADN de l’open innovation, le bien commun est plus important que le profit. Bien sûr que l’on n’invente pas pour le plaisir, il y a toujours une perspective de gain au bout de l’action, mais la motivation initiale n’est pas le profit financier. Cet état d’esprit permet de faire travailler ensemble des concurrents ou des inconnus, d’aborder des challenges délaissés pour manque de rentabilité immédiate, de partager à plusieurs des risques, des investissements dans la responsabilité et la transparence, de redécouvrir concrètement les enjeux de la propriété intellectuelle, des données partagées, de l’open source.

Sur le Digital Industry Summit, j’avais eu la chance d’interviewer Philippe Watteau, Directeur Général de Vedecom. Cet Institut de recherche technologique français d’excellence mondiale coordonne près de 40 acteurs industriels autour de la mobilité de demain. On peut considérer que la voiture autonome est le premier produit industriel de cette envergure développé et produit dès l’origine en open innovation. Personne n’a toutes les compétences en interne pour partir seul dans l’aventure. Comme l’impression 3D qui forcent les designers à penser totalement différemment, ce mode d’agrégation de briques de compétences et d’entreprises hétérogènes doit nous inspirer dans la reformation de notre industrie. À voir aujourd’hui l’agilité soudaine, étonnante des grandes marques à s’impliquer hors de leur métier pour faire des masques, des respirateurs, du gel, on peut penser que demain dans la production, il y aura, à côté des grandes lignes monobloc, davantage de chaînes séquencées d’unités ultra polyvalentes, travaillant pour plusieurs entreprises ou secteurs.

Cela se fait déjà bien sûr dans la sous-traitance mais on peut vraiment aller beaucoup plus loin pour redynamiser l’écosystème national. Les pistes ? Arrêter de parler de SOUS-traitants à presser comme des citrons. Les considérer comme des partenaires, les impliquer dans la durée, les payer dans des délais normaux et au bout du compte, relocaliser en partageant et en mutualisant beaucoup plus. Groupement d’employeurs dans les bassins d’emplois, clusters de fabricants de tailles intermédiaires qui chassent en meute. Création de pôles polyvalents avec robotique de base partagée ou mécanique sur mesure. Toutes ces solutions, elles marchent et beaucoup d’acteurs les souhaitent, j’en ai eu la preuve dans les évènements que j’ai animés.

Notre industrie va avoir besoin d’un nouvel assemblage soudé par des valeurs et de la reconnaissance, les choix décisifs demanderont considération et humanité. Il faudra agir de façon avisée, avec la même foi collective que nos soignants dans les hôpitaux.

Rappelons-nous que le mot entrepreneur est un des mots français passé et utilisé couramment dans la langue anglaise.

Quand La Machine va redémarrer, ça va secouer ! Il est possible que nous ne soyons pas prêts, mais nous avons le devoir de nous préparer sans relâche.

 

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