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La Santé Connectée @ Colloque de l’ANRT

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Focus sur le domaine effervescent de la Santé Connectée grâce à l’Association Nationale Recherche Technologie, qui a organisé sa Revue Annuelle en compagnie d’acteurs d’envergure, au siège d’un membre de l’Association : Sanofi. Une journée passionnante que j’ai eu l’honneur et le plaisir d’animer !

Ouverture par Guy Vallancien

Chirurgien, fondateur de la Convention on Health Analysis and Management         www.canalcham.fr

Une révolution, c’est un changement qui ramène ensuite à un point antérieur. La mutation est sans retour, on passe à une autre étape sans possibilité de revenir en arrière. La transformation digitale que nous vivons est de cet ordre. Ce n’est pas une révolution, c’est une mutation.

Le rôle de la médecine de demain sera toujours de réparer mais aussi d’augmenter, le patient comme le soignant.

Dans les données médicales dont on va nourrir les machines, il n’y a pas de normalité. Qu’est-ce qu’un humain normal ? En décrivant des anormalités, on esquisse les contours de la normalité sans pouvoir la définir pleinement et concrètement. Une complexité dans l’apprentissage de l’IA.

Allez l’Europe !  Sur le plan informatique, les USA et la Chine ont développé des géants planétaires avec leur GAFA et leur BATX, mais attention, actuellement, le plus gros ordinateur du monde est chinois avec une puissance de calcul de 200 Petaflops (200 millions de milliards d’opérations par seconde) et tous ses composants sont chinois. Au milieu de ces deux mastodontes, l’Europe se cherche. En France, on a beau célébrer un écosystème digital ultra dynamique, une nébuleuse start up en expansion et des informaticiens/ingénieurs de premier plan boostant la recherche sur l’IA, il faut accélérer, faire plus et mieux, au niveau européen notamment. La santé est un secteur encore à construire et où nous avons du potentiel.

Encourager l’évaluation. Dans les pays anglo-saxons, l’assessment est valorisant car promesse d’amélioration. En France, l’évaluation est souvent perçue de façon négative car synonyme de jugement ou de surveillance. Et pourtant, avec des indicateurs déterminés par la Haute Autorité de la Santé, en concertation avec les parties prenantes mais aussi les patients, il y aurait moyen de mettre en place ces évaluations du corps médical pour consolider l’accompagnement. Sans tomber évidemment dans le travers Trip Advisor avec des notations en étoiles.

Dans le prolongement, il serait souhaitable aussi de dépénaliser l’erreur. Garder les sanctions pour la faute mais changer de regard sur l’erreur pour inciter à tenter plutôt que menacer toute esprit d’initiative.

Quand la médecine était ignare, elle était crainte, quand elle est devenue savante, elle était respectée, maintenant qu’elle est efficace, elle est suspectée !

Première mondiale : opération en réalité mixte par Thomas Grégory.

Ce chirurgien orthopédiste précise les 5 champs majeurs de la santé digitale.

1/ La Télémédecine, avec les examens à distance, les consultations de base par visio-conférences, mais aussi les modules d’actualisation pour les praticiens qui devraient lire 450 h par semaine pour se tenir informés des actualités de leur spécialisation.

2/ Le Big Data avec la mise en commun de différentes données : suivis patients, résultats, examens, données anonymisées, ventes médicaments, statistiques, … avec une vigilance nécessaire sur la confidentialité et une cohérence dans les critères et les conditions de mesure.

3/ La simulation, avec de grands avantages pour former les jeunes médecins, expliquer la maladie au patient, …

4/ Le patient augmenté avec les organes artificiels, les prothèses personnalisées imprimées en 3D,…

5/ Le praticien augmenté dont il est un parfait exemple. Fin 2017, Thomas Grégory a réalisé la première opération mondiale en réalité mixte. En vidéo dans ce lien : https://www.youtube.com/watch?v=ZXfyFANSyhI   La robotique et l’imagerie au service des chirurgien, médecin, radiologue, dentiste, … progressent chaque jour.

Gaël Kuhn Product Manager chez TeraRecon qui a supervisé la solution technologique pour cette première mondiale avec notamment le casque Microsoft HoloLens, regrette que les autorités et organismes mis en place notamment suite au RGPD n’aient pas la puissance de feu pour aller vite dans les certifications. La première étape du job est faite et le retentissement mondial de la règlementation européenne est encourageante. Maintenant, il faut de l’efficacité au quotidien pour accompagner.

Groupe industriel et hôpital public, comment travailler ensemble ?

Récit d’une collaboration exemplaire Philips /CHU de Caen en site pilote. Nicolas Villain engage à multiplier les sites pilote pour engager une phase industrialisation et aller vers une Market Place, catalogue d’assets. Car l’introduction de l’IA en santé amène trois défis sur l’opérationnel : Comment collecter et préparer les données ? Quelles méthodes sont pertinentes pour apprendre et valider ? Comment déployer sans déstabiliser ? François Andry, qui a travaillé 30 ans dans la Silicon Valley, pointe 3 caractéristiques françaises à améliorer :

Le manque de lien Université / Industrie. Il nous faut davantage de programmes mixtes développés en synergie par des campus pour la recherche et par des entreprises pour le développement.

Le Venture Capital est encore frileux en France. Là où l’anglo-saxon « take a chance », le français « prend un risque ».

La rémunération manque d’incitation et pourrait davantage impliquer les chercheurs dans la réussite d’un projet via les stock-options ou les participations. Ce point crucial pour l’attractivité de la recherche française se retrouve dans l’ensemble de l’écosystème digital où des américains payent leurs chercheurs à prix d’or. Attention aux fuites de cerveaux !

Big data, crédibilité et interprétation des données.

Manuel Gea, co-fondateur de Bio Modeling, met la data et surtout la fiabilité de la data au cœur de sa méthodologie CADI, Computer-Assisted Deductive Integration. Un postulat cohérent qui fait d’abord la différence entre compliqué et complexe. Selon mon interprétation basique de ce qui s’est dit, on peut laisser le compliqué à la machine qui a une fabuleuse puissance de calcul et garder la gestion du complexe par le cerveau qui est encore le plus apte pour l’appréhender. Rappelons que la machine reconnaît un chat mais ne sait pas ce que c’est. Ensuite, arrêtons de gaver aveuglément les ordinateurs avec les données accumulées pendant des années pour avoir un Big Data obèse mais avec des évaluations, des recommandations trompeuses car une partie de la data est fausse. Concentrons les efforts sur la fiabilité de la data de base en éliminant sans état d’âme tout ce qui n’est pas validé. On peut prouver le faux plus facilement que le vrai. Pour avoir des données crédibles, Manuel Gea propose de passer au crible toutes les archives en ne conservant que ce que l’on n’a a pas pu invalider. Un moyen de se concentrer sur une « intelligence augmentée » crédible, plus pointue, assistant le cerveau qui appréhende encore le complexe bien mieux que la machine.

« La robustesse de la décision et l’explicabilité de la prise de décision algorithmique devront être garanties. »

Caroline Faillet, « netnologue » chargée de décrypter les mécanismes de décision des internautes, cite parmi les talents de son agence Boléro, les data analysts qui évoluent dans une nébuleuse de données proche de celle des traders. Ils ont besoin d’une puissante concentration et de méthodologie, restent en poste deux ans avant de changer pour en pas imploser, viennent davantage de la sociologie ou de l’économie que de l’informatique. Ce sont les pionniers d’une profession émergente qui va devenir centrale dans le digital des prochaines années.

Cette femme vive et affutée rappelle également que les fake news sont très importantes dans la santé notamment depuis l’avènement d’internet car n’importe qui peut se déclarer docteur sur le web. Les études et contre-études partent dans tous les sens, instaurant une confusion persistante. Décryptage, explication et validation prendront une importance croissante. Elle rappelle aussi que Wikipedia est devenue une source neutre, autorégulée et majoritairement pertinente sur de nombreux domaines.

Perspectives et limites de l’intelligence artificielle

Jérôme Knoplioch, de GE Health Care, déroule un état de l’art de l’imagerie médicale connectée. Gros plan sur des utilisations actuelles de l’IA dans l’imagerie médicale : Recommandations, Reconstruction, Reconnaissance Anatomique, Contrôle du scanner, Qualification des images, Détection, caractérisation. Il pointe un déséquilibre des classes en remarquant que nous avons davantage de données sur les organes sains que sur des variantes de malformations.

La Cohorte Constances

La cohorte Constances est un dispositif de recherche unique en France proposant de rassembler les données de santé de 200 000 volontaires et de déployer autour de cette collecte de nombreux projets de recherche.

Replacer le patient dans son environnement et collecter des données de la vie réelle sur des temps longs.

En compagnie de Fabrice Ruiz, Président du Conseil d’administration de ClinSearch, Marie Zins, de l’UFR des Sciences de la santé Simone Veil de l’Université de Versailles Saint-Quentin, nous explique comment sont collectées les données : employeurs, lieux de travail et de vie, consommations santé, … Les lieux sont géocodés pour mieux comprendre l’impact des lieux de vie sur la santé. Le monitoring des données est un savoir-faire indispensable auquel la Cohorte Constances apporte beaucoup. Marie Zins rappelle également que la santé est une démarche personnelle qui démarre dès la jeunesse et conditionne une partie de notre « quotient santé ». Les responsables de l’étude peuvent consolider cette banque d’informations en ayant accès à la fois à la base de données et aussi aux volontaires, en respectant toujours la confidentialité. Pour progresser, il serait bon de coordonner la gestion santé avec une nomenclature optimisée. Exemple : en fonction des régions, un même acte médical apparaît sous trois identifications différentes. Un programme à encourager et à suivre sur www.constances.fr

Le digital accélère la recherche clinique pour l’industrie et l’APHP

Rémi Chossinand qui dirige le programme digital de Sanofi et Claire Hassen Khodja, médecin spécialiste de santé publique, confirment que le Health Data Hub de demain doit rassembler des données vérifiées, intégrées selon des bons process dans une arborescence optimisée. Pas facile dans une science qui gère des données humaines avec toutes les fluctuations que cela implique. Cela va jusqu’à constater qu’on ne remplit pas un questionnaire de la même façon sur internet et en version papier. Dès qu’on parle de données personnelles et de partage, le récent RGPD est évoqué. Plusieurs intervenants saluent l’initiative, admettent que l’Autorité de référence est clairement identifiée, mais le maillon suivant, pour attribuer les certifications aux différents acteurs, manque encore de réactivité.

Prévention, maladies chroniques et vieillissement en bonne santé à l’heure de la santé connectée.

Les témoignages de Charles-Etienne de Cidrac, Directeur du pôle santé Groupe Axa Assurances et Jean-Yves Dugardin Manager Secteur Santé, chez Orange Consulting, révèlent que le rôle de l’assureur, mutuelle ou organisme payeur a une importance croissante. Ce « Tiers payeur » encourage-t-il à soigner ou à ne pas tomber malade ? Selon les pays et les cultures, on voit des différences flagrantes. Ainsi en Allemagne, on retrouve davantage un système où le salarié paye tant que tout va bien et dès qu’il est malade, un assureur comme Axa paye les dépenses. Situation qui entraîne une gestion fine des maladies avec énormément de prévention et d’accompagnement.

La 5G arrive avec des promesses de traçabilité améliorée, on évoque aussi la block chain dans la carte vitale. Sur la réforme du système de santé, annoncé pour cet été, nos deux intervenants estiment que les thèmes de chapitres sont bons. En tout cas, la santé connectée qui en est à ses débuts, sera sûrement une composante importante de ce nouvel élan.

Après une visite guidée du 39 bis, le laboratoire d’idées de Sanofi, et une clôture sur une synthèse remarquable d’Isabelle Vitali, cette journée ANRT a été un beau moment d’intelligence partagée.

Site de Gentilly - CSVB le 20 novembre 2017. Illsutration sur le 39 bis.

Site de Gentilly – CSVB le 20 novembre 2017. Illsutration sur le 39 bis.

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