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Innovation ou progrès ?

Version 2

Le progrès n’est qu’une façon de changer de malheur.

                                                                                                 Remarquable pensée de Françoise Giroud.

 

Lors d’une soirée anniversaire de l’Essec Isis au Cnit La Défense, j’avais capté cette considération émergeante : L’innovation va remplacer le progrès. Partage de quelques réflexions sur ce thème.

Le président des Etats Unis Thomas Jefferson écrivait à propos des multiples évolutions dont il avait été témoin durant sa vie : « Personne ne peut dire où s’arrêtera le mouvement du progrès. Toutes les améliorations que nous découvrons font reculer la barbarie ; un jour, elle finira par disparaître de la surface de la Terre. »

C’était vers 1790 et jusqu’à la moitié du 20ème siècle, nous avons eu une vision optimiste du progrès. Il y en avait partout du progrès : des mouvements politiques ou ouvriers se revendiquaient Forces du Progrès, dans les médias, Le Progrès de Lyon est apparu en 1859, les modes de production vantaient sans cesse les avancées de la mécanique. Bref, la technologie nous emmenait toujours vers le mieux et le mot progrès portait en lui, la promesse d’un monde meilleur. Jusqu’à cet exploit de rupture qui nous a propulsés hors de terre vers la Lune et les étoiles. Depuis l’espace, l’homme a pris conscience qu’en plus d’être ronde, la Terre est FINIE. Parallèlement à cet envol spatial, le commandant Cousteau nous entraînait tous dans l’exploration des océans, autre découverte majeure du siècle passé. La mise au point de modules habitables, propulsés, hermétiques, résistants permettait soudain le voyage et même la vie au-delà de l’oxygène, dans les airs et sous l’eau. Dans le domaine du bathyscaphe, les inventions d’Auguste  Piccard, (L’homme qui a inspiré le Professeur Tournesol dans Tintin) ont été décisives.

Aujourd’hui, relayée par le satellite, transcendée par le numérique, la technologie s’emballe, dictant elle-même ses propres avancées fulgurantes aux scientifiques qui apprennent à trouver sans chercher.

En même temps, le vélo fait son retour comme élément essentiel de la mobilité urbaine, on partage ses amis, sa voiture, son appartement, sa vie de famille, le changement climatique nous questionne sur la durabilité de notre développement, … Le livre événement de Yann Arthus Bertrand, La Terre vue du Ciel, restera le marqueur symbolique d’une époque charnière où l’on repeint le futur en vert pour ne pas le voir en noir.

Parce que oui, elle a bifurqué d’un coup cette ligne droite du progrès ! Eteints ses néons prometteurs scintillant à l’horizon : Super bonheur pour tous !  On vit 100 ans ! En bonne santé ! Avec plein d’argent, en consommant comme des dingues, pendant que les machines travaillent pour nous ! Après la chute du Rideau de Fer, la chute du Rideau de Rêve. En tant que modèle de masse, The american dream is possible … only in America. Quel autre pays s’est développé sur 200 ans comme une terre d’opportunités illimitées ? Le bonheur des uns ne s’exporte pas à l’identique chez les autres. Une nouvelle conscience du futur émerge chaque jour davantage, mixant zen attitude, obstination mature, transversalité, curiosité confiante, partage, redéfinition des valeurs essentielles, instantanéité, pragmatisme, courage. Délaissant les perspectives lointaines du progrès, l’avenir nouvelle génération se développe au jour le jour, de l’intérieur, dans la réinvention de notre humanité. L’avenir n’est plus en dehors de nous, loin devant, comme nous le suggérait le progrès, il irradie en nous, profondément.

C’est ainsi que le renouveau s’articule autour de deux axes :

1/ La rupture qui a longtemps nourri l’idée du progrès mais dont on mesure aujourd’hui plus objectivement les côtés négatifs. L’uberisation séduisante pour les uns, dévastatrice pour les autres.

2/ La recombinaison de l’existant, un changement de paradigme qui génère de la nouveauté avec les mêmes éléments de base. Ce deuxième axe s’avère aujourd’hui fondamental dans l’économie circulaire, le changement organisationnel du travail, l’entreprise libérée, le lean, … C’est une innovation attentive, minutieuse, celle des petits pas, qui non seulement façonne un changement durable et profond mais aussi permet parfois de mieux accompagner, d’atténuer la radicalité de la rupture.

Alors oui, en ce début de siècle, l’innovation peut prolonger l’idée du progrès comme énergie motrice de notre adaptation sociétale ! Oui, l’innovation virale de la mutation numérique bouscule tous les domaines d’activités et nous questionne en profondeur sur notre humanité. Acceptons-le, c’est irréversible.

Plus lucides sur les impacts du progrès, en demande d’étonnement sur une innovation de proximité, nous revoilà devant la déclaration centenaire mais actuelle de Clémenceau : L’avenir, ce n’est pas ce qui va nous arriver, c’est ce que nous ferons.

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